Chardonnerets et Canaris

Le Canari Jaune


Les canaris lipochromes
jaune et jaune ivoire
par Jean - Paul Glémet
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Copyright tous pays

 

Canari jaune intensif
Elevage et photo Michel Viaud
Bref historique
Dès les premières générations élevées en captivité, il est apparu des canaris jaunes. Rappelons que le canari sauvage est d’une teinte verdâtre due à la juxtaposition de deux pigments mélaniques (le noir et le brun) et d’un pigment lipochromique (le jaune). La fabrication des pigments mélaniques est sous le contrôle général d’un gène (appelé E+ = facteur enzyme). Ce gène, une fois muté (devenu E), la fabrication des pigments mélaniques est impossible, l’oiseau montre dans son plumage uniquement le pigment lipochromique. C’est ainsi que dans des nichées de canaris verts sont apparus les premiers jaunes. Cette couleur est devenue tellement populaire que l’on dit « jaune canari » et qu’à la fin du 18ème siècle le grand naturaliste Buffon lui-même s’est trompé et a cru que la couleur originelle du canari était le jaune.
C’est à partir des souches de canaris jaunes (et de canaris verts) que furent créés tous les canaris de chant, tous les canaris de posture et également beaucoup de canaris de couleur. C’est dans des nichées de jaunes qu’apparurent les canaris blancs, la mutation ivoire. C’est en croisant le Tarin rouge du Venezuela avec des jaunes que l’on a créé les premiers canaris oranges (nos rouges d’aujourd’hui).
 
De vieille origine, d’élevage courant, le jaune n’en est pas pour autant une couleur facile à réussir en vue des concours car il y a jaune et ... jaune.
Qu’appelle t-on la catégorie chez un canari couleur ?
Le pigment lipochromique peut se déposer à différents niveaux de la plume ce qui donne ensuite un aspect tout à fait différent à l’oiseau.
* l’intensif : le pigment lipochromique se dépose jusqu’au bout de chaque plume. L’oiseau a alors une teinte très soutenue sur tout le corps. En général les canaris intensifs ont un plumage court et serré.
* le schimmel: le pigment lipochromique ne se dépose pas jusqu’au bout de chaque plume, il y a une petite bordure externe qui reste blanchâtre. L’oiseau apparaît alors comme saupoudré de farine : on parle d’écaillage. Les canaris schimmels ont le plumage plus épais ce qui donne des oiseaux semblant un peu plus gros.

Intensif à gauche, schimmel à droite
* le mosaïque : ici c’est très particulier car selon les endroits du corps la coloration des plumes est différente. Il y a des zones qu’on nomme points d’élection où les plumes sont colorées comme celles des intensifs ou schimmels et forment sur le corps des plaques jaunes. A d’autres endroits, le pigment lipochromique est refoulé vers le milieu de la plume, tout le haut est sans pigment ce qui donne sur l’oiseau des zones blanches. L’oiseau apparaît avec des zones jaunes contrastant avec des zones blanches ou presque blanches. Pour le mâle, les zones jaunes sont : un masque facial entourant le bec jusque derrière l’œil, puis les épaules, le croupion et la poitrine. Pour la femelle, on a aussi les épaules et le croupion marqués de jaune, la poitrine est un peu colorée et à la tête il y a juste un trait jaune derrière l’œil.
 

Jaune mosaïque
Dans cet article nous traiterons du jaune intensif et du schimmel. L’élevage des mosaïques étant très particulier ces oiseaux feront l’objet d’un article à part avec les mosaïques à fond rouge.

Le standard du canari jaune
 


Pour les jaunes intensif ou schimmel, le standard demande en premier lieu une couleur jaune soutenue identique en tous points du corps et sans reflets dorés. Au contraire une grande luminosité est souhaitée : une teinte se rapprochant d’un jaune citron soutenu. 

* en intensif : le pigment jaune allant bien au bout de chaque plume on ne devra voir aucune petite trace d’écaille blanchâtre en aucun point du corps. En général seuls les mâles correspondent à cet idéal.
* en schimmel: l’écaillage blanchâtre formera de petites écailles régulièrement réparties sur tout le corps sans grosses zones trop blanches. Là encore seuls les mâles pourront correspondre à l’idéal.
En intensif comme en schimmel on devra sélectionner des sujets ayant une structure de plume fine ou demi-fine pour permettre au pigment jaune de ne pas être masqué par du givre blanc fautif.

Comment obtenir la bonne tonalité jaune ?
* travailler la génétique du facteur jaune
Le gène responsable du pigment jaune existe sous deux formes : J (jaune soutenu) ou J+ (jaune non soutenu). Seuls les oiseaux ayant J en double (J/J) auront un jaune très soutenu. On aura donc trois gammes dans la concentration du jaune :
 J/J      : jaune très soutenu (oiseau d’exposition et d’élevage)
 J/J+    : jaune moyen (oiseau d’élevage à la rigueur)
 J+/J+  : jaune très pâle (oiseau à ne pas conserver)
* travailler la génétique du facteur bleu (facteur optique ou facteur de réfraction)
Ce gène modifie la structure de la plume et va influencer sa capacité à renvoyer la lumière ce qui modifie la perception que l’humain aura de la tonalité de la plume. Ce gène existe sous deux formes : B (facteur bleu) ou B+ (pas de facteur bleu). Seul le facteur bleu en double exemplaire donnera la luminosité nécessaire à l’oiseau. En effet quand le facteur jaune est à son maximum (J/J), l’oiseau a tellement de pigment jaune dans le plumage qu’il pourra apparaître doré. Mais si ce sujet possède le facteur bleu en double (B/B) cela va rendre ce jaune soutenu plus lumineux et moins doré. Donc il faut conjuguer à la fois le jaune soutenu et le facteur bleu.
* faire très attention à l’alimentation


Il faudra se méfier de tous les pigments qui pourraient passer de l’alimentation dans le plumage notamment les caroténoïdes.
Ainsi si un canari jaune mange des carottes (ou des œufs dont le « jaune » est légèrement orangé) cela se ressentira sur la couleur du plumage. De même il ne sert à rien de forcer la coloration jaune par des pigments naturels (salade ou autre) ou artificiels (poudre de xanthophylle jaune) car l’oiseau trouve dans sa nourriture habituelle de quoi obtenir sa coloration maximale. Une seule exception c’est éventuellement pour forcer la coloration des rémiges et rectrices. On sait que les plumes des ailes et de la queue ne sont pas changées la première année et correspondent en fait au plumage juvénile. Les rémiges et rectrices sont alors soit blanchâtres soit d’un jaune moins soutenu que le corps. Depuis quelques années des éleveurs belges et hollandais présentent des sujets ayant la même tonalité jaune profonde et soutenue depuis la tête jusqu'à la pointe de la queue : il va sans dire que cela est obtenu par apport supplémentaire de colorant jaune (xanthophylle sans doute) dans l’alimentation des jeunes au nid pour colorer les ailes et la queue mais aussi jusqu'à la fin de la mue pour donner à l’ensemble du corps la même tonalité.

Les accouplements des canaris jaunes
* règle 1 :
Toujours croiser intensif x schimmel ou schimmel x intensif.
On obtient ainsi 50% d’intensifs et 50% de schimmels dans les deux sexes.
* règle 2 :
Utiliser seulement des sujets à plumage serré.
Elliminer tous les oiseaux ayant une structure de plume large (préférer les bouts de plume arrondis plutôt que les plumes ayant le bout large et droit).
* règle 3 :
Utiliser des sujets au jaune soutenu car :
 jaune soutenu x jaune soutenu donne 100% de jaune soutenu
 jaune soutenu x jaune moyen donne seulement 50% de sujets à jaune soutenu
 jaune moyen x jaune moyen donne seulement 25% de sujets à jaune soutenu
* règle 4 :
Utiliser des sujets avec le facteur bleu car :
 double facteur bleu x double facteur bleu donne 100% de double facteur bleu
 double facteur bleu x simple facteur bleu donne 50% de sujets à double facteur bleu
 simple facteur bleu x simple facteur bleu donne seulement 25% de sujets à double facteur bleu

En conjuguant les règles 3 et 4 on voit que si on utilise seulement des oiseaux à jaune moyen et à un seul facteur bleu on a très peu de chances d’obtenir un oiseau de concours : 1 sur 16.
* les critères de choix des géniteurs :
Pour le mâle intensif ou le mâle schimmel il faut choisir des sujets le plus conforme possible au standard. Pour la femelle intensive il faut choisir des oiseaux avec un jaune très lumineux. En général les femelles sont moins soutenues que les mâles mais il est facile d’en trouver de très lumineuses. Ces femelles intensives pourront présenter de petites écailles de givre (dans le haut du dos par exemple) mais en très petite quantité. Pour la femelle schimmel le jaune devra être très citron (légers reflets verdâtres) notamment au niveau de la tête. Les écailles seront plus abondantes notamment sur le dos que chez les mâles, c’est normal, mais il est important de choisir des oiseaux très lumineux.
* remarque sur l’utilisation de sujets tachés :
Dans toutes les variétés de canaris lipochromes il apparaît de temps en temps des sujets ayant quelques plumes noires (tâte, cuisse...) ou des points noirs sur le bec ou les pattes. Ces oiseaux sont disqualifiés en concours mais on peut utiliser en reproduction certains de ces oiseaux tachés. C’est possible quand la tache est discrète et si l’oiseau a par ailleurs beaucoup d’autres qualités.
 


Un oiseau taché ne donnera pas forcément de descendants tachés et inversement des sujets non tachés peuvent produire beaucoup de jeunes tachés. Il n’y a pas de règle absolue.

Le canari jaune ivoire
La mutation ivoire modifie la disposition du lipochrome dans la plume ce qui donne une teinte plus pâle. Le standard demande toutefois que soit conservée la luminosité de l’oiseau. Les sujets trop ternes (et ils sont nombreux dans cette couleur) seront fortement pénalisés.
 


Toutes les remarques faites à propos du canari jaune sont valables ainsi que les règles à respecter pour les accouplements.

Un jaune ivoire intensif quand il est réussi est un très bel oiseau.
L’ivoire est une mutation à hérédité liée au sexe, ainsi :
 1. mâle ivoire x femelle ivoire
100% d’ivoires
 2. mâle ivoire x femelle non ivoire
50% de mâles non ivoires (mais porteurs d’ivoire)
50% de femelles ivoires
3. mâle porteur d’ivoire x femelle ivoire
25% de mâles ivoires
25% de femelles ivoires
25% de mâles porteurs d’ivoire
25% de femelles jaunes normales
4. mâle non ivoire x femelle ivoire
50% de mâles porteurs d’ivoire
50% de femelles jaunes normales
 


Seuls les croisements 1 et 3 permettent d’obtenir des mâles ivoires qui pourront être des sujets d’exposition ; les croisements 2 et 4 permettent d’obtenir des oiseaux de travail utilisables par la suite pour des croisements de type 1 et 3.

Les canaris jaunes à yeux rouges
Il peut arriver de découvrir à la naissance dans un nid de jaunes un ou plusieurs jeunes qui ont les « yeux rouges » ce qui se voit nettement à travers la paupière. Il s’agit de cas d’isabellisme et en moins d’une semaine l’œil est devenu noir. En revanche il existe chez les jaunes comme chez les autres canaris lipochromes des sujets ayant encore l’œil rouge à l’âge adulte. Ils sont appelés lutinos. Ces oiseaux ont le même standard de beauté que les jaunes ordinaires. En France ils concourrent dans la même section mais dans d’autres pays et au championnat du monde ils ont leur propre section de concours.
En fait il existe deux types de lutinos du point de vue génétique : le jaune + ino et le jaune + satiné.
Si dans l’aspect visuel il n’y a pas de différence, dans les règles d’accouplement ce n’est pas pareil :
* l’ino est à hérédité récessive :
1. ino x ino
100% d’ino
2. ino x non ino
100% de non ino (à yeux noirs) mais porteurs d’ino
3. ino x porteur d’ino
50% d’ino (à yeux rouges)
50% de non ino (à yeux noirs) mais porteurs d’ino
* le satiné à hérédité liée au sexe :
 1. satiné x satiné
100% de satiné
2. mâle satiné x femelle non satiné
50% de mâles non satiné (à yeux noirs) mais porteurs de satiné
50% de femelles satinés (yeux rouges)
3. mâle porteur de satiné x femelle satiné
25% de mâles
25 % de femelles satinés (à yeux rouges)
25% de mâles porteurs de satinés (à yeux noirs)
25% de femelles normales (à yeux noirs)
4. mâle normal x femelle satiné
100% de jaunes à yeux noirs mais tous les fils sont des porteurs de satiné
 


S’agissant de deux types d’oiseaux différents, on ne croisera pas un lutino (ino) avec un lutino (satiné) sous peine de voir anéantir tous ses efforts. 
Donc il faudra se renseigner sur l’origine génétique avant l’achat de ce type d’oiseaux.

L’élevage des lutinos offre aussi un avantage supplémentaire c’est de ne pas produire de sujets avec des taches noires disqualifiantes. En effet, l’ino comme le satiné inhibent le noir. En revanche ces oiseaux sont souvent moins prolifiques que le jaune à yeux noirs ce qui fait qu’en France on en trouve très peu.
 



04/01/2009
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